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L'opéra de montpellier
Avant propos
Par Hervé Niquet
Avec King Arthur, Fairy Queen et autres « masks », Purcell et les compositeurs britanniques ont inventé la comédie musicale, ce savoir-faire anglo-saxon pour le spectacle de divertissement, ce mélange de comédie, de danse, de chant, tout plein de paillettes et de surprises pour le plus grand plaisir du public.
Les anglais et les américains sauront entretenir et développer avec faste ces comédies musicales que nous, français, apprécions tant lorsque nous nous rendons sur Broadway ou à Covent Garden. En parallèle en France, de l'autre côté du « channel », on sait l'essor que prendront au XVIIIème siècle les petits théâtres des foires Saint Laurent et Saint Germain, puis au XIXème le succès des chansonniers dans les caveaux parisiens et l'engouement du public pour les opérettes du Châtelet. Au milieu du brouhaha de ses spectacles musicaux, évoluaient les fantaisistes, acteurs extravagants qui occupaient le public pendant les changements de tableaux en commentant ou en faisant des numéros de magie, d'humour etc. Tous nos grands acteurs comiques sont passés par là, de Bourvil à Fernand Raynaud, des Branquignols à Poiret et Serrault.
Lorsque j'ai décidé, à l'invitation de René Koering, de remonter le King Arthur avec le Concert Spirituel, il a fallu faire un choix : en effet, la partie musicale de cette œuvre ne représente qu'un tiers de l'ouvrage original. Ce n'est qu'un commentaire disséminé tout au long de la pièce de Dryden, ce qui explique, si on lit le livret, le peu de rapport existant entre chaque tableau de ce King Arthur. J'ai préféré ne conserver que la musique de Purcell et vous la proposer, aux vues de la verdeur des textes l'accompagnant, sous la forme d'un divertissement. Partant de là, la nécessité d'un fantaisiste assurant les liaisons du spectacle s'est imposée d'elle même.
Qui pouvait actuellement, assurer mieux que Corinne et Gilles Bénizio, le rôle périlleux de metteurs en scène (ou de fantaisistes, à votre choix !) de cet opéra, sans queue ni tête ? Ils sont à eux deux l'incarnation de ce savoir faire français de l'à propos et de l'improvisation, hérité de générations d'artistes de cabaret. Outre leur culture en ce domaine, leur poésie est pour moi la garantie de voir la musique respectée et sertie d'une spontanéité rafraîchissante. J'ai découvert chez Corinne et Gilles tellement de tendresse amusée et de passion pour le travail des musiciens que je ne doute pas un instant que l'on va enfin comprendre que les chanteurs de Purcell sont les proches cousins des « Monty Python »